Quelques Articles déterminants...

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Requiem cum libro Index du Forum // Langues et littératures // Littératures
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Adler
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2007
Messages: 350
Localisation: P3X-500

MessagePosté le: 05/06/2007 23:10:31    Sujet du message: Quelques Articles déterminants... Répondre en citant
Des fois, on tombe sans le vouloir sur des articles sympa, sur des thèses loin d'être chiantes, sur des essais brillants...Même si leur sujet n'a rien à voir avec ce qui nous passionne généralement.
J'ouvre ce nouveau topic pour partager ces lectures hétéroclites, en espérant que ça vous intéressera, où vous désigne l'assemblée des lecteurs...(mais comme dirait ma directrice de mémoire, "the poem creats its readers, fictionalizing them in the text. For discussions of the way in which writers construct roles for their audiences, see Walter, "The Writer's Audience is Always a Fiction", PMLA 90 (january 1975)
J'avais bien raison, donc.
Personne m'écoute, et pire, je m'invente un public.
Mais où ai-je bien pu mettre mon micro-onde?

Brrrref.
Voici un extrait de l'article de 118 pages de Michel Anthony "Traces utopiques et libertaires dans le temps et dans l’espace...", qui nous parlent ici du pirate comme idéal libertaire :



Communautés libertaires pirates
a-Qui sont vraiment les pirates et autres rebelles et réfractaires ?
Pour préciser les termes, pour LAMBORN WILSON et également Gilles LAPOUGE, le boucanier est un homme libre au départ plutôt terrien, et devenu pirate par nécessité ; le mot provient du boucan, sorte de claie en bois sur laquelle on faisait cuire ou fumer la viande. Le pirate est un criminel ou un délinquant, attentif à ses libertés et à un certain égalitarisme, et la plupart du temps autonome. Le corsaire n’est qu’un mercenaire, qu’un employé pour « faire la course » au service d’une puissance. Le flibustier tire son nom du hollandais vrÿbuiter désignant celui qui s’enrichit librement grâce au butin acquis par ses larcins. Ce sont donc surtout les pirates, rebelles pré-anarchistes, « révoltés essentiels » et préromantiques qui nous intéressent. Le terme de marooner, évoqué ci-dessus, est parfois utilisé pour désigner les pirates, ce qui prouve bien une nouvelle fois la proximité de ces modes de vie alternatifs.

L’origine de ces individus en rupture de ban est diverse. On compte des prisonniers, des déportés, des domestiques ou des esclaves fugitifs, des marins ou soldats déserteurs, des aventuriers qui « s’échappaient vers quelque chose de nouveau, une réalité plus diverse, plus alléchante… », des mutins n’acceptant plus les conditions atroces de la vie en mer, des renégats ou dissidents de toutes les religions, des mercenaires… Les mutins forment évidemment un groupe imposant, car ils n’ont pas de sortie de secours, et parce que les mutineries sont fréquentes (REDIKER en recense une trentaine entre 1710 et 1730). La plupart sont des volontaires, mais il y a tout de même des enrôlements forcés, en cas de besoin urgent de main d’œuvre et de soldats, ou lorsqu’un capitaine ne respecte pas le code égalitaire et volontariste des pirates, ce qui arrive évidemment.
Cela forme un ensemble hétéroclite, mais massivement lié aux métiers de la mer, un véritable « mélange pluri-ethnique de prolétaires rebelles ». L’aspect «de classe » de la piraterie est accentué, à la fin des guerres maritimes ou lors des récessions économiques, par l’afflux de nombreux chômeurs qui cherchent à survivre.

Il est à noter que de nombreux corsaires désœuvrés passent également à la piraterie faute de solutions légales alternatives.
Ils se lient parfois aux communautés locales, souvent elles mêmes rejetées, comme celles des peuplades indigènes, des groupements de dissidents, ou celles constituées de marrons (Cf. ci-dessus). Une partie des travailleurs de la côte, les baymen, des boucaniers… complètent les rangs de manière irrégulière, sauf quand ils sont liés de manière permanente à un établissement pirate établi sur la terre ferme.


La majorité de ces groupes humains est composée d’hommes, souvent jeunes, pauvres, massivement célibataires, et au départ largement d’origine britannique ou américaine.
Mais les femmes sont bien présentes, et pas seulement comme maîtresses ou épouses, ou comme servantes et employées, plus ou moins consentantes. Il est bien réel que quelques femmes tiennent un grand rôle dans les grands moments de la piraterie. Si l’égalité n’est y jamais totale, c’est néanmoins à l’époque une rareté, et une réelle avancée pour la reconsidération de la femme et un « puissant symbole de féminité non conventionnelle » pour le futur. Pour le démontrer, Marcus REDIKER s’est surtout inspiré des aventures de deux femmes pirates du XVIII° siècle, l’irlandaise Anne BONNY (pseudo d’Ann FULFORD) et Mary READ, même si celles-ci s’habillaient de manière masculine et se comportaient comme les hommes dans les combats, en prônant un courage édifiant contre toutes les turpitudes, soit de la part de leurs compagnons, soit vis-à-vis du pouvoir étatique et de ses lois. Mary est l’amante et la seconde du célèbre Jack RACKAM. Prendre des femmes comme exemple est une excellente idée quand on connaît l’importance du machisme et de la superstition anti-féminine des marins. Leurs aventures se retrouvent en partie dans l’héroïne de Daniel DEFOE, Moll FLANDERS, dans le livre éponyme publié en 1722. On peut également citer Polly, l’opéra de John GAY de 1728-1729. Après elles (et d’autres femmes pirates) la liberté par l’action s’est souvent présentée sous la forme d’une combattante aux seins nus : DELACROIX s’en est-il inspiré pour son célèbre tableau de 1831 : La liberté guidant le peuple ? REDIKER aimerait bien en tout cas que cette supposition soit fondée. Et quand on regarde le document néerlandais de 1725 montrant une femme portant sabre et torche, fièrement dressée la poitrine dénudée, sous le drapeau de la piraterie, et dominant, avec force et superbe, morts, incendies et autres combattants déterminés, on ne peut que penser que DELACROIX a au moins parcouru le livre (plusieurs fois édité en français) qui contient cette reproduction.

L’aspect international est également évident dans ce « melting-pot d’immigrants rebelles et paupérisés venant du monde entier ».
b-Peut-on faire une histoire libertaire de la piraterie ?

Dans un ouvrage dont l’essentiel est l’analyse de la supposée « république de Salé » sur la côte atlantique de l’actuel Maroc, l’auteur libertaire, célèbre sous le pseudonyme de Hakim BEY, mais ici utilisant son vrai nom Peter LAMBORN WILSON, parle de « position proto-anarcho-individualiste » en décrivant l’idéologie de la piraterie. Bien sûr la prudence lui fait dire qu’il ne s’agit pas d’une position « philosophique » mais d’une ébauche de vie libre, luttant contre les tabous, et très en avance sur les États contemporains du XVIIème siècle. Cette « république corsaire mauresque du Bou Regreg » ne serait donc qu’un « compromis » entre des États autoritaires de l’époque et les « utopies pirates ».
Moins précautionneux, l’article de Do or Die, traduit en français par les éditions Aden, parle d’emblée de « mini-anarchies » en évoquant les mêmes « bastions pirates » libres et libertaires qu’Hakim BEY.
Cette revue britannique reprend très largement les positions de REDIKER tirés de ses divers ouvrages et articles, que j’ai largement recensés.

Les principaux éléments permettant d’introduire l’analyse de la piraterie et de ses dérivés dans une histoire des utopies libertaires peuvent être énoncés de manière suivante :

1.La bannière symbolique : quelques auteurs mettent en avant la ressemblance entre le drapeau noir de la Flibuste, des corsaires (le « Jolly Roger »), et celui brandi par des anarchistes au XIX° et au XXème. Les anarchistes l’utilisent largement depuis les années 1880. Le drapeau a souvent changé de forme et de couleur, mais on retient ses caractéristiques les plus fréquentes : tête de mort et couleur noire. La plus célèbre des représentations similaires de ce drapeau, en milieu anarchiste, se retrouve dans le mouvement makhnoviste ukrainien. Mais il semble bien que le drapeau noir, et parfois noir et rouge (futur symbole de la révolution anarchiste espagnole en 1936), soit déjà largement à l’honneur dans les Caraïbes et notamment en Haïti vers 1791 lorsque les esclaves de cet ancien bastion pirate d’Hispaniola se révoltent contre la France autour de Toussaint LOUVERTURE. En tout cas, pré-anarchistes cohérents ( ?) « en créant leur drapeau noir, symbole anti-national d’une bande de hors-la-loi prolétaires, ils ‘’déclaraient la guerre au monde entier’’ ». Cependant le Jolly Roger symbolisait aussi d’autres choses, le déni de la mort, la volonté de faire peur, le symbolisme blasphématoire et de liberté morale (un « roger » en argot des basses classes et des pirates évoque le pénis, le dard)… L’assimilation Jolly Roger et drapeau anarchiste est donc abusive, même si parfois revendiquée.

2.L’assimilation piraterie-rébellion, avec le refus de la sujétion et de la servitude volontaire est l’élément le plus rassembleur. Tous les libertaires sont des rebelles, certains pirates également, même si parfois c’est par nécessité ou obligation, plus que par conviction. Comme le note REDIKER « nous aimons les pirates parce qu’ils étaient des rebelles. Ils défiaient, d’une manière ou d’une autre, les conventions de classe, de race, de genre et de nation ».

3.La pratique de l’action directe. La mutinerie, la réaction violente contre toute autorité, la désertion… sont autant de méthodes que la piraterie valorise. Le sens de la résistance et le refus de la soumission sont communs aux pirates comme aux autres rebelles et réfractaires, futurs syndicalistes ou anarchistes. Il semble que le terme qui désigne la grève (to strike en anglais) provienne de la pratique de la piraterie qui abaisse les voiles (to strike également) pour se mutiner ou s’opposer au commandement.

4.Le choix de l’autonomie. L’aspect autonome, « violemment libre », de certains réfractaires, fugitifs, pirates, corsaires ou flibustiers, permet parfois de faire des comparaisons avec le comportement anarchiste : antiétatisme, refus de tous les maîtres, individualisme radical, autonomie parfois « sauvagement » revendiquée, « communauté intentionnelle » et choix d’une enclave libertaire... Dans un bel article sur l’Internet intitulé « Les anges noirs de l’utopie » l’auteur parle de « libertaires forcenés », d’hommes « farouchement libres ». Mais là encore, si les libertaires partent d’un choix raisonné et passionnel pour l’autonomie, les pirates souvent subissent l’isolement et prennent la clandestinité par obligation.

5.Des formes d’organisation souvent pré-libertaires même si on ne doit pas exagérer la forme de « tribus autogérées » et «les pratiques d’autogouvernement » que mettent en avant l’article de Do or Die ou REDIKER. Bien des pirates vivent en communauté (sur terre et surtout en mer) relativement liée, solidaire et unitaire. Ils créent donc bien eux-mêmes « un nouvel ordre social alternatif ». Ce « modèle organisationnel démocratique (pourrait presque être) qualifié d’anarchie ».

6.Les aspects relativement égalitaires sont souvent évoqués. L’états-unien Markus REDIKER, tout en ne cachant rien de la violence et des traces d’autoritarisme, insiste sur le fait que les pirates « ont incarné une vision du monde, basée sur des valeurs de liberté et d’égalité, qui a défié les conventions de l’époque dans le domaine des races, sexes, classes et nationalités, en proposant une démocratie radicale capable de subvertir leur société »17. Les codes des équipages pirates reposent souvent sur le principe 1 individu = 1 voix pour les décisions à prendre. De même le partage du butin, de l’eau et autres aliments est souvent équitable, malgré un léger surplus de butin attribué au capitaine. Il est bon de rappeler que chaque pirate porte une arme, ce qui est l’antithèse d’un des privilèges les plus respectés de la marine officielle, seuls les élites et les soldats sous commandement exerçant ce droit. Les femmes sont parfois traitées égalitairement, à tous les niveaux. Les différences raciales et religieuses s’estompent ; par exemple les pirates « noirs » deviennent très nombreux au début du XVIII° siècle. Mais certains pirates participent tout de même au commerce triangulaire, et donc à la traite des noirs, même s’ils ne semblent pas majoritaires, loin de là.

7.Malgré les réserves émises, il semble donc bien que la piraterie repose sur une « éthique de justice », qui nous renvoie à la centralité de la Justice chez GODWIN, PROUDHON et bien d’autres penseurs de l’anarchie. La meilleure expression de cette justice est le « code d’honneur », parfois écrit, souvent oral, qui régit la plupart des navires. C’est ce code qui permet, par exemple, de destituer les mauvais capitaines, de condamner les violeurs ou de répartir le butin… Certes nous sommes plus proches des codes d’honneur de la mafia que des règlements mis au point par les collectivités anarchistes ibériques de 1936, mais pour l’époque, c’est de toute manière une extraordinaire invention et nouveauté.

8.Les aspects antiautoritaires sont plus ambigus. Néanmoins bien des chefs pirates sont élus et destituables pour fautes ou mauvais commandement. Bien des décisions dépendent d’une forme balbutiante de « démocratie radicale » où tous s’expriment. L’autorité principale (élections, choix stratégiques, destitutions…), sauf lors du combat ou de la poursuite en mer, réside dans ce qui est parfois nommé le « Conseil général ». Une sorte de « tribun du peuple » (REDIKER), lui aussi élu, se juxtapose également au capitaine, sous le nom de « Quartermaster », et veille en quelque sorte à la bonne exécution des décisions, du partage équitable…

9.La fraternité, la solidarité et l’appui mutuel ont des connotations pré-kropotkiniennes (Mutual aid). Les pirates mettent sur pied des ébauches d’assistance pour blessés au combat et ceux qui deviennent handicapés et forment une sorte de « système de sécurité sociale » basé sur des « fonds communs » réservés à cet effet. L’aide aux « frères de la côte » est affirmée dans bien des codes, même si elle n’est pas toujours respectée. Enfin les conflits entre navires pirates sont limités, alors que les attaques s’appuyant sur le regroupement de plusieurs capitaines sont souvent attestées. Bien des escales sont célèbres comme lieux de retrouvailles et de fêtes, voire de préparation d’autres expéditions… En mer la solidarité et l’égalité sont assurés pour le partage de la nourriture et surtout de l’eau.

10.Une forme de cosmopolitisme, d’internationalisme et de refus du nationalisme se met en place. Comme les différences nationales diminuent et comme souvent l’État originel est devenu l’ennemi, la piraterie sort par la force des choses plus que par conviction des schémas nationalistes et étatistes traditionnels. Une forme multiraciale et apatride, pratiquant largement divers métissages, offre donc un bel exemple libertaire d’intégration.

11.Des mœurs libertaires ? : une vie sans tabou et le sens de la fête. Le monde pirate se révèle comme une vie hors des conventions et des interdictions sociales, politiques et morales. Sexualité diversifiée (grande tolérance : polygamie, sodomie et homosexualité - « le matelotage »…), consommation d’alcools et d’hallucinogènes, remise en cause de la vénération occidentale du travail, blasphèmes répandus… sont de mises. Entre provocation et rejet des sociétés autoritaires et policées, le pirate semble mettre la fête et la liberté au centre d’une culture. Sans doute est-ce également parce qu’il sait que cette vie sera courte et vite réprimée ? Cependant les femmes sont en général préservées, et le viol est largement condamné et réprimé : il y a donc des valeurs diverses dans la mentalité pirate. Face à la mort, à une vie connue pour courte, le pirate pratique parfois l’autodérision ou la farce macabre, forme de courage tout autant que définitif rejet de la culture autoritaire et puritaine de son temps. Ainsi REDIKER relate la pièce de théâtre que jouent des pirates réfugiés aux alentours de Cuba en début du XVIII° siècle : tout y est, la caricature des juges et des idées communes, la présentation dérisoire et loufoque de la mort programmée… Bref une hallucinante création, entre totale lucidité, farce parodique assumée et fuite éperdue dans l’humour, noir, forcément !

12.Bref, la colonie pirate sur terre ferme, ou le navire pirate lui-même peut apparaître comme « un monde inversé », vraie utopie libertaire, centré sur « des accords qui établissaient des règles et des modes de vie d’un ordre social alternatif ».

13.ces navires (une trentaine de vaisseaux répertoriés vers 1720) et quelques colonies pirates établies sur les côtes (Cf. ci-dessous) forme une ébauche de démocratie réticulaire chère aux libertaires de l’ère de la toile (Internet). Bateaux et établissements, de nature autonome, sont liés dans une « sorte de commonwealth » solidaire, qui peut préfigurer le fédéralisme anarchiste du XIX° siècle.

c-Salé, prototype de l’utopie pirate ?
À Salé notamment, c’est chez les « renegados » que LAMBORN WILSON trouve cette utopie pirate assez concluante, malgré les limites reconnues. Ceux-ci sont souvent des européens sans foi ni loi, qui font leur nid en terre d’islam, parfois en adoptant les coutumes locales et même la religion ! Pourtant les descriptions de son ouvrage très documenté ne sont guère pertinentes. Ces pirates sont soumis à des autorités issues de la violence la plus sauvage, et la soi-disant camaraderie des pirates ne tient guère face à la puissance sans opposition des petits chefs locaux que sont les capitaines autoproclamés des vaisseaux. Enfin les bribes de liberté à Salé sont souvent causées par le bon vouloir ou le désintérêt des puissances locales. Les enclaves du Bou Regreg (Salé, la Casbah, la future Rabat) fourmillent de conflits, de concurrences violentes et d’inégalités somme toute très traditionnelles.

Le même auteur présente en fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème, d’autres modèles d’utopies pirates qui semblent plus avancées : elles sont plus « anarchistes » par leur volonté de défendre « la liberté individuelle maximale » ; elles sont plus radicales et communistes parfois avec « l’abolition de la hiérarchie économique ».

d-Utopies des côtes américaines ?
C’est le cas de la confrérie égalitaire des « Frères de la Côte », les fameux boucaniers d’Hispaniola (futurs Haïti et Saint Domingue). L’île de la Tortue et New Providence aux Bahamas en sont des appendices. L’autonomie est inscrite dans les fameux « Articles » qui décrivent des pratiques de démocratie directe avec élection des capitaines : chaque navire devient une sorte de « démocratie flottante ». La suppression des châtiments corporels est un choix formidable pour une époque où les marins étaient de véritables esclaves sans droits face à une hiérarchie de fonction et de classe disposant d’un pouvoir absolu, surtout dans la flotte britannique. L’harmonie entre les races et les classes, même balbutiante, est une autre trace d’extraordinaire modernité. Mais cette utopie boucanière fut détruite par un de ses enfants, le renégat Henry MORGAN !

Dans les Bahamas, la « horde sauvage » de Nassau, célèbre pour les exploits pas toujours reluisants des Barbe Noire et de Rackham le Rouge, présente également des traits égalitaires, sinon libertaires.

Au début du XVIIIème, la communauté fixée dans la « Baie des Divagateurs » peut nous permettre d’imaginer des liens entre les révoltes protestantes radicales britanniques et le monde de la piraterie.

En début du XIX°, Jean LAFFITE, « dernier roi des flibustiers » aurait créé une enclave libre (« petite république libertaire ») en Louisiane, nommée Barataria.

e-Utopies des côtes africaines ? Libertalia…
Mais c’est surtout Madagascar qui abrite les rares tentatives libertaires connues (ou rêvées). C’est Daniel DEFOË qui nous parle de l’enclave libertaire temporaire du capitaine AVERY. L’historien Christopher HILL, spécialiste des révolutions anglaises et de leurs mouvements radicaux, en reparle dans son Le monde à l’envers, œuvre traduite chez Payot en 1978. Le lien avec les dissidents britanniques du XVII° siècle est également attesté par le nom donné par un groupe pirate à son implantation dans l’île : Ranter Bay.

Daniel DEFOË en consacrant deux chapitres à l’histoire du capitaine MISSON (parfois écrit MISSION) et de son conseiller radical et utopiste, le moine défroqué CARRACIOLI, à Madagascar, a permis de confirmer l’existence des utopies pirates : il y présentait la république pirate Libertalia de la baie d’Antongil (certains auteurs la situent au Nord Est de l’île, vers Diego Suarez). La période concernée est le XVIII° siècle. Ce mythe pour manuel SCHONHORN, pour M.C. CAMUS ou Anne MOLET-SAUVAGET est pourtant repris par des auteurs contemporains, et surtout par Hakim BEY qui fait des locales « utopies pirates » une sorte de source incontournable aux « zones autonomes temporaires », les TAZ, qu’il propose. Pour lui, Libertalia aurait vu s’épanouir le partage égalitaire du butin, la communauté des terres, la rotation des chefs... Gilles LAPOUGE penche plutôt pour un Libertalia qui emprunte autant à la réalité qu’à la fable.
Cette enclave utopique aurait été précédée par une vie communautaire (pré-communiste ?) sur le navire La Victoire : tous les biens y étaient en commun, et tous les membres y vivant égalitairement, anciens esclaves ou non.
Hubert DESCHAMPS en 1949 croyait lui aussi en cette utopie socialiste du début du XVIIIème. L’article d’Internet cité ci-dessus met en avant dans l’expérience de Libertalia, l’antiracisme, le respect des femmes (malgré la polygamie), mais montre également la maniaquerie des règles qui va finir par l’emporter. La communauté ébauche également une langue propre mêlant dialectes locaux et emprunts aux langues européennes.
Cependant la liberté est bien proclamée partout : dans le nom de la communauté (Libertalia), dans celui de ses membres (les liberi), d’un des bateaux (le Liberté)... c’est bien un choix primordial fait envers et contre tous. Malgré le charisme du chef (MISSON est tout de même nommé « excellence suprême » ou grand « conservateur » !), la démocratie directe y est (peut-être) très présente : acclamation des chefs, assemblées générales, tirage au sort des capitaines, élection des conseillers, rotation des pouvoirs tous les 3 ans... L’égalitarisme y règne : traitements semblables, sans importance de la race et de la nationalité, répartition des prises... Les richesses sont mises en commun (trésorerie communautaire), l’argent semble inutile et les terres travaillées par tous et sans délimitation : on retrouve ici quelques traces des descriptions de communisme agraire si fréquente au XVIII° siècle. Bref nous disposons d’une rare description détaillée de société idéale assez fraternelle et un peu libertaire, même si le curieux slogan adopté « Dieu et Liberté » et la couleur blanche du drapeau sont là pour nous brouiller les cartes.

Dans l’écrit de DEFOE, il est même parlé de la scission anarchiste, en tout cas plus radicale encore, d’un capitaine TEW, qui bâtirait sa propre communauté, « sans loi ni officiers ». Comme un vrai TEW a bien existé, mais en d’autres temps et d’autres lieux, cet épisode a permis à SCHONHORN en 1972 de réfuter ce qu’il estime un canular de l’écrivain utopiste.
Poursuivant l’analyse, Peter LAMBORN WILSON pousse la boutade en disant qu’il s’agit donc d’une vraie « u-topie », lieu de nulle part, puisqu’elle n’aurait jamais existé ! Cependant pour lui, les possibilités d’existence d’une telle communauté restent évidemment très fortes.
Quant à William S. BURROUGHS, il se sert des évocations de Libertalia et du capitaine MISSION dans une trilogie qui commence avec Cities of the Red Night (en 1981), et notamment dans Ghost of Chance (1991).

Au début du XVIII° siècle, le pirate Nathaniel NORTH s’établit lui aussi à Madagascar, dans le sud de l’île, vers Fénérive : il y installe une communauté « d’harmonie », fraternelle, humaniste, anti-raciste et surtout ouverte, c’est à dire sans réglementation figée ni volonté de système imposé. Gilles LAPOUGE, qui ne voit désormais plus que les côtés négatifs de l’utopie, préfère donc logiquement cet essai communataire à celui du capitaine MISSON.
f-Utopies du Pacifique : le rêve du Bounty…
En fin du XVIII° siècle, la célèbre révolte du Bounty (1787-1788) donne naissance à une petite communauté, puisqu’une partie des mutins, avec des femmes tahitiennes, créent une colonie sur l’île de Pitcairn, au cœur du Pacifique. Elle fut tout sauf libertaire puisqu’elle disparaît dans l’auto-destruction et le meurtre. Le seul survivant, John ADAMS semble être à l’origine d’une autre communauté qui survit de nos jours, au même endroit, et encore moins libertaire, puisqu’elle serait d’imprégnation religieuse ou mystique.
g-Conclusion partielle : le noir des pirates et le noir de l’anarchie sont peu comparables…
Le drapeau noir (comme la couleur noire), n’est malheureusement pas le symbole de la seule anarchie. Les couleurs du deuil, du fascisme (chemises noires) et de l’uniforme SS n’ont rien de libertaire.
Si les pirates et autres fugitifs, en luttant contre les terribles pouvoirs autoritaires de leur époque et contre des marines royales aux règlements intérieurs esclavagistes, peuvent paraître sympathiques et lever bien haut l’étendard de la rébellion, ils n’en sont pas anarchistes pour autant, même si un analyste aussi averti que LAPOUGE se permet d’affirmer que « l’utopie de la société pirate, c’est le désir d’un monde ‘’sans maîtres et sans lois‘’ ».
On ne doit pas se laisser prendre au piège d’une certaine fraternité de combat, d’une légère égalité des conditions de vie sur les navires pirates et de quelques ébauches (plus rêvées que réelles semble-t-il) de démocratie directe. De même la réalité des réalisations d’utopies concrètes en Afrique ou dans les îles reste soumise à discussion.
Au contraire, ils utilisent le plus souvent les pires défauts de ceux qu’ils combattent : extrême violence, faible prix attribué à la vie humaine, machisme fréquent, et culte des chefs de bande ou de vaisseaux, sans compter un antihumanisme quasi-obsessionnel. L’anarchisme ne trouve absolument pas son compte dans une telle mouvance, sauf de manière romancée.
Cependant il faut faire la part des choses, car les sources les concernant sont la plupart du temps celles de leurs opposants : employés, juges et militaires au service des États, commerçants et marins au service du capitalisme marchand, et plumitifs peu concernés et vite effrayés. Les pirates sont donc « démonisés », caricaturés, leurs traits les plus contestés sont renforcés, pour justifier ainsi la terrible répression et leur inexorable éradication, toutes bien plus violentes, autoritaires et inhumaines que les pratiques visées.

Vous trouverez le reste de l'essai à cette adresse :
artic.ac-besancon.fr/histoire_geographie/HGFTP/Autres/Utopies/u4Traces.doc
_________________
"Impossible wishes, wishes that can never be granted, they produce...a ferret." "..."

Warehouse 13
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: 05/06/2007 23:10:31    Sujet du message: Publicité
PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Challenger
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 05 Jan 2007
Messages: 391

MessagePosté le: 11/06/2007 10:04:43    Sujet du message: Quelques Articles déterminants... Répondre en citant
C'est pas idiot comme théorie, sémantiquement en tout cas (même si l'article est long :p). M'enfin je reviendrai en parler plus longuement peut-être quand j'aurai lu le texte plus attentivement (même si je me suis rappelée des souvenirs avec le boucan : ah là là, boucanons. Mr. Green).

Ahem. A mí me toca, comme dirait l'autre. Donc nouvel article. C'est un autre genre hein.

vendredi 23 août 2002
Les tueurs en série votent à gauche.

par Maurice Panel

Une étude scientifique américaine présente de nouvelles preuves irréfutables.

On attendait la publication de cette étude depuis longtemps mais la chape de plomb qui régnait sous l’ancien gouvernement ne permettait pas de telles révélations. C’est maintenant scientifiquement prouvé : les tueurs en série (Serial Killer en anglais) votent plutôt à gauche. Ce sont les chercheurs de l’Université Chrétienne Mc Carty au Texas qui ont mis en évidence ce que le bon sens semblait nous indiquer. Ravis de sa découverte, le professeur Von Kripulbug (brillant neurochirurgien d’origine allemande arrivé aux Etats Unis en 1945) a déclaré "Cela faisait au moins 60 ans que je voulais faire cette expérience, des hommes éclairés au service de la vérité m’en ont donné l’opportunité".

Menée par le professeur, l’étude s’est déroulée du 14 au 16 septembre 2001 : 12 tueurs en série et de bons citoyens ravis de servir la science ont participés à cette aventure.

L’expérience principale est désarmante de simplicité : les tueurs en série sont tout d’abord restés une semaine en isolement complet (noir total, aucun son etc.), la semaine suivante le régime était radicalement différent puisqu’une lumière aveuglante et des sons assourdissants (le professeur a même été jusqu’à leur passer "Civilization Phase 3" de Franck Zappa en boucle pendant une journée) les empêchaient de dormir.

Le jour J, après une série de 24 électrochocs pour les mettre en conditions, les tueurs en série étaient invités à se rendre dans un isoloir transparent où trois choix s’offraient à eux : Mickey, George W Bush ou Che Guevara.

Les résultats sont édifiants : 80% des assassins ont choisi le terroriste argentin. Pas de résultat concluant sans une population témoin irréprochable. Tous les habitants de KillRedSkin (Nouveau Mexique) ont été associés à l’expérience. Après le visionnage d’un film éducatif "Le socialisme et la misère" les habitants étaient invités à faire un choix dans une liste identique à celle des criminels.

Après un recomptage scrupuleux, il est apparut que 98% des honnêtes citoyens ont votés pour le Président du Monde Libre. L’unique vote pour Mickey a été invalidé ; il provenait de l’instituteur de la bourgade (donc inapte à voter). Le directeur de la lutte contre la criminalité et du respect de l’abstinence à accueilli ces résultats avec enthousiasme "Cette étude ouvre de grandes perspectives pour l’identification des tueurs en série potentiels".

Tirant les conclusions qui s’imposaient, le Ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy a demandé à ce que des recherches soit effectuées à l’Hôtel Matignon : "Un charnier peut être découvert à tout instant" précise un membre de son cabinet.


Réactions et commentaires ICI.
_________________
"I feel trapped. Like a moth, in a bath."
Revenir en haut
Adler
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 03 Jan 2007
Messages: 350
Localisation: P3X-500

MessagePosté le: 13/10/2007 23:19:45    Sujet du message: Quelques Articles déterminants... Répondre en citant
Pour revenir dans le sérieux, nouvel article découvert dans...The Strand (mystery) Magazine, ou la nouvelle version du Strand Magazine notamment connu car y fut publié pour la première fois les oeuvres d'un certain Arthur Conan Doyle...

Ici Article sur Edgar Allan Poe, qui, malgré son côté "fourre-tout", est très intéressant quant au procédé de "ratiocination" utilisé par l'auteur dans ses oeuvres. Autre intérêt: très bonne liste de lecture ^^.


Edgar Alan Poe and the Origins of Mystery Fiction
BY Steven Rachman



"These tales of ratiocination," Edgar Allan Poe explained to a correspondent in 1846, "owe most of their popularity to being something in a new key." He was referring to the three stories he wrote in the early 1840s featuring C. Auguste Dupin—"The Murders in the Rue Morgue" (1841), "The Mystery of Marie Rogêt" (1842-3), and "The Purloined Letter" (1841). The "new key" was, of course, what we have come to call "detective fiction," and Poe, as the form’s first truly modern practitioner, was aware that his stories were enjoying an unprecedented popularity with the reading public. In "The Murders in the Rue Morgue," Poe introduced readers to a Parisian polymath, C. Auguste Dupin, a man endowed with preternatural analytical faculties, a man for whom ordinary men "wore windows in their bosoms." The unnamed narrator of these stories is one of these ordinary men. Dupin’s powers are such that not only can he seemingly read the narrator’s very thoughts at the instant he is thinking them, but he can explain the whole chain of reasoning that led to his thoughts merely by observing the sequence of expressions on his face.

Coming across the case in the newspaper of the grisly killings of Madame L’Espanaye and her daughter in their apparently locked lodgings in the Rue Morgue, Dupin displays his analytical prowess and unravels the seemingly insoluble mystery. Sifting through various accounts and considering potential suspects, he exposes the myopia of the local prefect of police and exonerates Adolphe Le Bon, the man imprisoned for the crime, by obtaining a full confession from a sailor who had been in possession of a razor-wielding "Orang-Outang" which had escaped and killed the two women.

Even in outline, readers will recognize many of the features of the detective genre in its classic form—the metropolitan setting, a violent crime taking place in an apparently locked room, the vain, befuddled law enforcement official, the wronged suspect, the confession, the cleverly convoluted solution (in which murder turns out not to be murder), and the masculine camaraderie of a supercilious gentleman mastermind and his credulous companion/narrator. (By the third tale, pipe-smoking would make its appearance.) Poe had given the form its initial shape, created its first great detective, and was aware that the tales were popular, yet wrote no more Dupin stories after 1845.

In fact, Poe was slightly annoyed at the attention paid to the Dupin stories at the expense of his other literary works. "I do not mean to say that they are not ingenious," he explained, "but people think them more ingenious than they are—on account of their method and air of method. In ‘The Murders in the Rue Morgue,’ for instance, where is the ingenuity of unravelling a web which you yourself (the author) have woven for the express purpose of unravelling? The reader is made to confound the ingenuity of the supposititious Dupin with that of the writer of the story." Sounding like a harbinger of Edmund Wilson—who wrote a complaint against detective fiction entitled "Who Cares Who Killed Roger Ackroyd?"— Poe asserted that the originality of these stories was deceptive and overrated. Dupin was a supposititious fraud designed to cheat the reader. The tales were little more than old tunes played in a new key. Poe, orphaned at a young age and later alienated from his stepfather, was damning with faint praise the child of his own imagination.

One of the apparent paradoxes of literary history is how Poe, an author whose fiction is, as J. Gerald Kennedy has observed, "preponderantly devoted to terror, madness, disease, death, and revivification," came to invent a form committed to reason and solution. And having invented it and recognized its commercial potential, why did this author, notably strapped for cash, abandon it? Part of the answer lies in Poe’s abiding themes of terror, haunting, the irrational, and a skepticism about all forms of certainty. Prior to "The Murders in the Rue Morgue" Poe had written what has been labeled "an x-ray of a detective story" entitled "The Man of the Crowd" (1840). It recounts an incident in which a flâneur who fancies himself an expert in the reading of faces and social types—Dupin’s specialty—pursues an old man through the labyrinthine streets of London for 24 hours, convinced that he is "the type and genius of deep crime," only to learn nothing of consequence about the man. In "The Oblong Box" (1844) and "The Sphinx" (1846), tales written after the first Dupin stories, Poe employs a series of glaring misinterpretations to satirize the certainty of deductive processes. And in "Thou Art the Man" (1844), which some have called the first comic detective story, Poe has the protagonist use a hoax to trick the murderer into confession, emphasizing gamesmanship over analysis.

But even more importantly, Poe never conceived of the Dupin stories as belonging to the genre of detective fiction; he never referred to them as such. Rather he used the term "tales of ratiocination" in order to emphasize the delineation of a chain of logical reasoning and analysis. For him, the detective was not the central focus of the story, but a vehicle for tracing a train of thought, and the tale itself a way to analyze, "that moral activity which disentangles" as he writes in his prefatory comments to "The Murders in the Rue Morgue." It was an interest in logic and not in the personality of the fictional detective that led Poe to write his detective fiction. He left it to others, notably Sir Arthur Conan Doyle, to explore the character of the detective, of which his deductive methods would be but one facet. Or, as Doyle has Sherlock Holmes comment in A Study in Scarlet, "‘Now, in my opinion, Dupin was a very inferior fellow . . . He had some analytical genius, no doubt; but he was by no means such a phenomenon as Poe appeared to imagine.’" Doyle cagily puts his finger on a point with which Poe would have agreed. The supposititious Dupin would never become the phenomenon that Sherlock Holmes became, because he was solely an expression of the analytical capacity of the intellect—a ratiocinative device.

In many ways, Poe’s own legendary life, with its mass of contradictions and tragic pattern of self-destructive behavior mixed with astonishing literary creativity, overshadows the analytical ingenuity of the fictional Dupin. A writer often claimed by the American South, he was born in Boston, Massachusetts in January 1809 and spent the main part of his career toiling away for magazines in northern cities such as Philadelphia and New York. A child of actors, orphaned before the age of three and taken in by John Allan, a prosperous merchant from Richmond, Virginia, Poe eventually alienated himself from his adoptive family and married into his birth family, wedding his Aunt Maria’s thirteen year old daughter, Virginia Clemm. His life was often a mixture of privilege, expulsion, and penury. Educated as a boy in Richmond and for a time at Stoke Newington near London, he did a stint at the University of Virginia, excelling in some subjects but also sliding into the role of the wastrel son—running up gambling debts only to find that his stepfather refused to support him. He ran off to Boston to pursue his first literary ambition, poetry, publishing Tamerlane and other Poems (1827). Then, under the alias Edgar A. Perry, he joined the U.S. Army. Honorably discharged and temporarily reconciled with his stepfather, Poe obtained an appointment to West Point only to be dismissed for disobedience. By the early 1830s Poe was estranged once more from John Allan, falling into the hand-to-mouth existence that would dog him until his mysterious death in Baltimore in 1849. But he was also making his way into the rough-and-tumble world of magazines—publishing tales and even winning a prize of $50.00 from The Baltimore Saturday Visitor for best short story for "M.S. Found in a Bottle" (1833). It was in the magazine world that Poe would eventually find his literary and critical voice.

Working for magazines (mostly monthlies), Poe quickly achieved notoriety as an energetic, incisive, and caustic editor and critic. (He was called "the tomahawk man" for the way he could take a writer’s head off.) Writers in the 1830s and 40s were poorly paid and American magazines thrived on a culture of piracy (especially of well-known continental authors) and reprints (often uncredited). Imitation and plagiarism were common. Poe frequently contrived to sell magazines by courting controversy. He attacked the characters of many well-known figures by examining their handwriting in a piece called "Autography" (1836). He accused Henry Wadsworth Longfellow of plagiarism and planned a book to be entitled Chapters on American Cribbage which would expose America’s literary thieves. This was ironic because, as source scholarship has shown, Poe was an adept plagiarist himself. For one of the last pieces he wrote, "A Reviewer Reviewed" (written in 1849, but unpublished), Poe adopted the pseudonym of Walter G. Bowen in order to expose his own plagiarism, intriguingly foreshadowed by Dupin’s double-theft of a piece of writing in "The Purloined Letter." At the height of his fame, after the success of "The Raven" in 1845, he scandalized New York with blunt critical sketches of the local literati. Despite his celebrity, however, Poe never achieved financial success. One could publish the most famous poem in America, have it reprinted in every paper in every city, and scarcely earn a dime off of it. Similarly, for the Dupin stories Poe received small flat fees and no residuals. He dreamed of founding his own magazine to be entitled Stylus or Penn Magazine, but could never quite find the backers. In 1845 he wrote a satirical lament about the plight of "poor devil authors" in an article entitled "Some Secrets of the Magazine Prison-House."

Poe had many admirers, but through literary and personal attacks, acquired a sizable number of enemies as well. His alcoholism and periodically perverse behavior was a source of public commentary throughout his life. While it is certainly true that Poe was never the fiend that his literary executor, Rufus Griswold, made him out to be in a notorious obituary, his erratic behavior did lead to quarrels, scandals, and libel suits. The great transitions of Poe’s editorial career were either marked or precipitated by drinking episodes. His relationship with the city of Richmond and The Southern Literary Messenger ended primarily because of a debacle over drink, as did his term in Philadelphia at Burtons and Graham’s, and in New York at The Broadway Journal. From Richmond to Philadelphia, Philadelphia to New York, New York to Fordham, and in his last years—after the death of his consumptive wife in 1846—shuttling between Lowell, Providence, Richmond, and Baltimore, Poe was periodically propelled by drinking problems from one urban setting to another, from one literary scene, one domestic arrangement and, after the death of his wife, from one old flame to the next.

The social, economic, and technological transformations of the United States during Poe’s era of the 1830s and 40s were quite pronounced. Eastern cities like New York, Philadelphia, and Boston were beginning to develop metropolitan qualities (e.g. infrastructures and police forces). Rail transportation, telegraph communications, and photography all promised to usher in a new era of technological advancement. The period was marked by Jacksonian democracy, questions of slavery, abolition and expansion, the forced relocation of Native Americans, financial booms and panics, and a veritable explosion of print media. Poe’s development as an author in the turbulent magazine culture of the 1830s and 40s was tied to the rise of other popular literary forms such as the penny press. Magazines and newspapers, addressing themselves to large urban and even national audiences, attempted to keep pace with these developments.

While Poe is often represented as a kind of timeless, ahistorical figure penning gothic horrors such as "Ligeia" (1838) and "The Fall of the House of Usher" (1839), he was just as often concerning himself with the latest developments of his own era. Through his dark and romantic fictional lens, Poe continually trained his sights on subjects of what were then modern phenomena. He was one of the first authors to write about the daguerreotype and its implications for the representation of reality. He wrote with enthusiasm about the potential of an anastatic printing process to connect authors and readers more directly. His tales of murderous madness, such as "The Black Cat" (1843), addressed themselves to perversity and alcoholism, exploring psychological phenomena in new ways. "Facts in the Case of M. Valdemar" (1845) offered a grotesque vision of the popular and controversial subject of mesmerism (as hypnosis was called at the time). In his pseudo-factual narratives such as the sea adventure The Narrative of Arthur Gordon Pym (1838)—his only novel—and "The Balloon-Hoax" (1844), Poe sought to exploit the public’s appetite and gullibility for the latest discoveries and inventions by passing off these works as true stories. In "Diddling Considered as one of the Exact Sciences" (1843), his exposé of business fraud, and in other satires, he described the pervasive deception in American society.

But whether engaged in perpetrating or exposing hoaxes, Poe always concerned himself with the ways literature was becoming a powerful molder and potential manipulator of mass culture in antebellum America.

As Neil Harris has shown, Poe’s hoaxes and ratiocinative fictions were, like the tricks of P.T. Barnum’s American museum, part of a profoundly modern public interest in the line between truth and fiction. There was, Harris writes in Humbug: The Art of P.T. Barnum (1975), "a profusion at this time of large amounts of information, sometimes in statistical tables, sometimes in long lists of data. In large enough quantities, information gave the illusion of problem-solving by presenting previously unknown facts." Poe displayed his budding interest in the use of ratiocinative processes to uncover the truth in an article he wrote early in his career entitled "Maelzel’s Chess Player" (1836). It dealt with a travelling exhibit featuring a chess-playing automaton. Many suspected it actually contained a man inside a hidden compartment. Poe determined, by its erratic movements, that it could not be a pure machine. By the early 1840s, Poe had become interested in another form of ratiocination—the science of cryptography and decoding. He ran contests in Philadelphia magazines challenging readers to send encrypted messages for him to solve. As with the Dupin stories, Poe exploited the public’s interest in puzzle-solving in order to reach a mass audience. Eventually he was inundated with cryptography and had to end his contest, but this work deepened his sensitivity to ratiocinative processes. "The ratiocination actually passing through the mind in the solution of even a simple cryptograph," he observed, "if detailed step by step, would fill a large volume."

Poe would later use the cryptograph as a motif in "The Gold-Bug" (1843), but it was through the Dupin stories that Poe found a narrative structure in which one might detail the steps of a ratiocinative process through to a solution. Poe’s ratiocinative writings, with their treatise-like openings and air of method, allowed readers to enter into a fictional world of urban mystery and crime and, through analysis, impose order and truth upon it. "The Murders in the Rue Morgue" exploited this technique by making the core of Dupin’s analysis reliant upon careful readings of accounts of the crime in the Parisian newspapers. In "The Mystery of Marie Rogêt," Poe used the parallel universe of Dupin’s fictional Paris to propose a solution to the real mystery of Mary Cecilia Rogers, whose corpse was discovered in the Hudson River in the summer of 1841. Poe followed the details of the investigation in the Philadelphia newspapers and, in an attempt to keep pace with developments in the ongoing case, even went to the New York area himself to investigate.

While "The Mystery of Marie Rogêt" does not come to a firm conclusion, and scholarship has shown that Poe ignored evidence that Mary Rogers likely died as a result of a botched abortion, nonetheless Poe’s engagement with the newspaper as the medium through which urban reality is perceived was crucial to the success of the story. Readers responded to it. For example, Abraham Lincoln’s campaign biography states that he read and re-read Poe’s Dupin stories with relish every year to keep his mind sharp.

Perhaps Poe’s sense of the irrational was too strong for him to persist for very long in unraveling puzzles of his own construction, but he left a lasting legacy with his Dupin stories. It may be that Poe’s greatest hidden contribution to the detective story was his technique of rendering the mysteries of the great city legible through his analysis of urban newspapers and magazines, the latter of which gave birth to Dupin. The Oxford editions of the Sherlock Holmes stories reveal the extent to which Conan Doyle raided the magazine Tit-Bits for the germs of stories. It may be no accident that Sherlock Holmes also flourished in an urban magazine—The Strand.


Trouvé sur ce site
_________________
"Impossible wishes, wishes that can never be granted, they produce...a ferret." "..."

Warehouse 13
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 19/10/2017 04:42:40    Sujet du message: Quelques Articles déterminants...
Revenir en haut
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Requiem cum libro Index du Forum // Langues et littératures // Littératures Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
alexisBlue v1.2 // Theme Created By: Andrew Charron // Icons in Part By: Travis Carden
Powered by phpBB © 2001, 2017 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com