Capuchon Rouge de mise!

 
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Adler
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MessagePosté le: 25/10/2009 20:01:57    Sujet du message: Capuchon Rouge de mise! Répondre en citant
Je sais, ce sous-forum est consacré au Nom de la Rose, mais je trouve dommage de nous priver de cet espace consacré (dans les deux sens du terme Cool ) à l'oeuvre d'Umberto Eco.

A chaque fois que je finis un de ses livres, je me dis qu'il est impossible qu'il puisse me faire plus l'aimer après ça (si si, je vous le jure, s'il me demandait de lui vouer un culte je construirais un autel dans mon jardin direct). Et ça rate à chaque fois. Après avoir lu le Nom de la rose, son Apostille, avoi parcouru les limites de l'interprétation et Mouse or Rat?, ses 6 promenades dans les bois du roman et d'ailleurs m'ont réellement transporté dans ces bois fort sympathiques, allant presque jusqu'à me faire lire le Sylvie de Gérard de Nerval. (bon faut pas aller trop loin quand même)

Donc voici "un résumé", ou plutôt une liste de citations utilisables pour toute réflexion, et qui permettent de voir plus clair en critique littéraire.
Evidemment, je recommande chaudement la lecture de ce petit recueil que j'ai dévoré en 3 jours Smile
Allez, Enjoy!


Citation:
p.9: la rapidité de la fiction qui ne peut tout dire
« toute fiction narrative est nécessairement, fatalement rapide, car – lorsqu'elle construit un monde, avec ses évènements et ses personnages – il lui est impossible de tout dire de ce monde. Elle mentionne, et pour le reste, elle demande au lecteur de collaborer en comblant une série d'espaces vides ».


Citation:
p.16-17 le Lecteur Modèle
« Le Lecteur Modèle d'une histoire n'est pas le Lecteur Empirique. Le lecteur empirique, c'est tout le monde, nous tous, vous et moi, quand nous lisons un texte. Il peut lire de mille manières, aucune loi ne lui impose une façon de lire, et souvent, il utilise le texte comme réceptacle de ses propres passions, qui proviennent de l'extérieur du texte ou que le texte suscite fortuitement en lui.
Il vous est sans doute déjà arrivé de voir un film comique en un moment de profonde tristesse, et vous savez combien il est difficile de se divertir dans ce cas-là; mieux: vous pourriez revoir le même film des années plus tard sans réussir à sourire car chaque image vous rappelle la tristesse de la première expérience. En tant que lecteur empirique, vous seriez bien sûr en train de 'lire' le film de manière erronée. Mais erronée par rapport à quoi? Par rapport au type de spectateur auquel le metteur en scène avait pensé, un spectateur disposé à sourire et à suivre une histoire ne l'impliquant pas directement. Ce type de spectateur (ou de lecteur), je l'appelle le Lecteur Modèle – un lecteur type que le texte prévoit comme collaborateur, qu'il essaie de créer. Si un texte commence par « il était une fois », il lance un signal qui sélectionne immédiatement son propre lecteur modèle, qui devrait être un enfant, ou une personne disposée à accepter une histoire qui dé passe le sens commun. »


Citation:
p.18: l'histoire du livre n'est pas notre histoire
« Si je me promène dans le bois[de la fiction], je suis légitimé à utiliser chaque expérience, chaque découverte pour en tirer des enseignements sur la vie, sur le passé et sur le futur. Mais comme le bois a été construit pour tout le monde, je ne dois pas y chercher des faits et des sentiments ne regardant que moi »

(//Apologue de Roderick Random, Smollett)

Citation:
p. 45 Genette, l'analepse et la prolepse
« pour reprendre Genette, l'analepse semble réparer un oubli du narrateur, la prolepse est une manifestation d'impatience narrative. »


Citation:
p.101-102 « suspension de l'incrédulité »
« Aborder un texte narratif signifie adopter une règle fondamentale: le lecteur passe tacitement un pacte fictionnel avec l'auteur, ce que Coleridge appelait « la suspension de l'incrédulité ».Le lecteur doit savoir qu'un récit est une histoire imaginaire, sans penser pour autant que l'auteur dit des mensonges. Simplement, comme l'a dit Searle, l'auteur feint de faire une affirmation vraie. Nous acceptons le pacte fictionnel et nous feignons de penser que ce qu'il nous raconte est réellement arrivé. »


Citation:
p.105: enfermement dans la fiction
« Tel est au fond, le charme de toute narration, qu'elle soit verbale ou visuelle: elle nous enferme en ses frontières et nous induit, en quelque sorte, à la prendre au sérieux. »


Citation:
p.114: lien monde réel/ monde fictionel: le parasite
« en réalité, les mondes fictionnels sont, bien sûr, des parasites du monde réel, mais ils mettent entre parenthèses la plupart des choses que nous savons sur lui, nous permettant de nous concentrer sur un monde fini et fermé, très semblable au nôtre, mais plus pauvre.
Et comme on ne peut sortir de ses limites, on est amené à en explorer les profondeurs. »


Citation:
p.120-121: L'Encyclopédie Maximale et la délégation des connaissances
« Ainsi que nous l'a enseigné Putnam, il existe une division sociale du travail linguistique, qui est en fait une division sociale du savoir, par laquelle je délègue à d'autres les neuf dixièmes de connaissances du monde réel, me réservant un dixième de connaissance directe. Dans deux mois, je dois vraiment aller à Hong-Kong: eh bien je vais acheter mon billet, sûr et certain que l'avion aterrira en un endroit appelé Hong Kong. Ce faisant, je réussis à vivre dans le monde réel sans me comporter névrotiquement. J'ai appris que pour beaucoup de choses, j'ai déjà pu me fier à la science d'autrui, je réserve mes doutes à quelques secteurs spécialisés du savoir, et quant au reste, je fais confiance à l'Encyclopédie. J'entends par Encyclopédie un savoir maximal, dont je possède une petite partie, mais auquel je pourrais éventuellement accéder parce qu'il constitue une sorte d'immense bibliothèque comportant toutes les encyclopédies, tous les livres du monde, toutes les collections de journaux ou de documents manuscrits de tous les siècles, jusqu'aux hiéroglyphes des pyramides et aux inscriptions en caractères cunéiformes.
L'expérience, ainsi qu'une série d'actes de confiance envers la communauté humaine, m'ont convaincu que ce que l' Encyclopédie Maximale décrit (souvent avec quelques contradictions) représente une image satisfaisante de ce que j'appelle le monde réel.
Mais surtout, la façon dont nous acceptons la représentation du monde réel n'est pas différente de la façon dont nous acceptons la représentation du monde possible d'un livre de fiction. »


Citation:
p.155: Tenter de recréer la complexité du monde réel dans le monde fictionnel
« [..] si les mondes de la fiction narrative sont si petits et trompeusement confortables, pourquoi ne pas chercher à construire des mondes narratifs qui soient aussi complexes, contradictoires et provocateurs que le monde réel?
Permettez moi de répondre d'abord [à la seconde question= à cette question]. C'est exactement ce qu'ont fait Dante, Rabelais, Shakespeare, et Joyce. Sans oublier Nerval, évidemment. Quand je traitais des « oeuvres ouvertes », je pensais à ces oeuvres littéraires qui entendent paraître aussi ambigues que la vie elle-même. »


Citation:
p.158: Avant et après le signal de la fiction: du jugement à la suspension d'incrédulité
« En réalité, nous tendons à penser que, lorsqu'on nous raconte certains événements, nous nous mettons instinctivement en situation d'alerte car nous assumons que celui qui parle ou écrit veut dire la vérité, et nous nous apprêtons donc à juger à juger vrai ou faux ce que nous écoutons ou lisons. En revanche, nous estimons que c'est seulement dans certains cas privilégiés – quand apparaît un signal de fiction – que nous devons suspendre notre incrédulité et nous préparer à entrer dans un autre monde. »


Citation:
p.159: Narrativité naturelle et narrativité artificielle
« Cela nous amène à reconsidérer une distinction assez courante chez les théoriciens du texte, celle entre narrativité naturelle et narrativité artificielle. On a une narrativité naturelle quand on raconte une séquence d'événements réellement arrivés, dont le locuteur croit qu'ils se sont produits ou veut faire croire (en mentant) qu'ils se sont vraiment produits. […] La narrativité artificielle serait constituée par la fiction narrative, laquelle feint seulement de dire la vérité, ou assume de dire la vérité dans le cadre d'un univers de discours fictionnel. »


Citation:
p.164: signes de fictionnalité
« il existe, il est vrai, certains signaux de fictionnalité assez explicites: entamer la narration in medias res, commencer par un dialogue, insister très vite sur une histoire individuelle et non générale, et surtout donner des signaux d'ironie immédiats. »


Citation:

p.165: Difficulté d'analyser si on est dans une fiction
« Donc, souvent, on ne décide pas d'entrer dans un monde fictionnel, on s'y trouve dedans: à un moment donné, on s'en aperçoit et on décide que ce qui nous arrive est un rêve. »


Citation:
p.167-168: Attribuer une existence réelle à un personnage fictif et la notion de culte
« Quand cela devient-il facile d'attribuer une existence réelle à un personnage fictif? Attention, cela ne concerne pas tous les personnages fictifs. Ca n'est jamais arrivé à Gargantua, Don Quichotte, Madame Bovary, Long John Silver ou Popeye. En revanche, c'est le cas de Sherlock Holmes, Siddharta et Rick Blaine. Eh bien, selon moi, cette vie extratextuelle et intratextuelle des personnages coïncide avec le phénomène de culte. Pourquoi un film devient-il un cult movie, pourquoi un roman ou un poème deviennent-ils un cult book?
Il y a longtemps, essayant dexpliquer la raison pour laquelle Casablanca était devenu un objet de culte, j'ai émis l'hypothèse qu'une condition du succès et du culte était la « dissociation » de l'oeuvre. Mais « dissociation » implique « dissociabilité ». On sait aujourd'hui que Casablanca a été construit au jour le jour, sans savoir comment l'histoire finirait; si Ingrid Bergman si montre tellement fascinante et mystérieuse, c'est qu'en tournant, elle ignorait encore lequel des deux hommes elle devrait choisir à la fin et elle leur souriait donc avec ambiguïté et une égale tendresse. En outre, nous savons que, ayant à mener à bien une histoire indéterminée, scénaristes et metteur en scène ont convoqué tous les clichés de l'histoire du cinéma et dela narrativité, transformant le film en une sorte de musée pour cinéphiles. Et c'est pourquoi le film peut être saucissonné en autant de petits bouts dissociés, chacun devenant une citation, un archétype. »



Voila. Peut-être aurais-je mieux fait de vous expliquer dès le début que ces "promenades" sont en fait 6 conférences données par Eco à Harvard dans le cadre des "Norton Lectures". Conclusion: ce type a décidément la classe internationale.
_________________
"Impossible wishes, wishes that can never be granted, they produce...a ferret." "..."

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